Portrait of the week #9 – Mère Teresa

Il me fut relativement facile de rencontrer la mère Teresa. Il suffisait de dire “Mother Teresa” à n’importe quel taxi de Calcutta. Nous l’avons trouvée à l’entrée de son institution pour les pauvres, entourée de miséreux. Elle était toute petite, une bosse dans le dos lui donnait un air cassé et il était difficile de croire que des milliers de personnes mettaient leur espoir dans cette nonne minuscule à l’air fatigué et au visage translucide creusé de rides profondes. Mais elle était totalement vivante.
A peine levai-je mon appareil qu’elle m’arrêta d’un « pas de photos, pas de photos, s’il vous plaît. » En ce qui concernait les photos de l’orphelinat et du mouroir, elle me dit qu’elle n’aimait pas que les gens se servent des pauvres pour faire de l’argent. Mais elle finit par se faire convaincre et gribouilla une permission de photographies en déclarant : « si c’est pour augmenter la compréhension et l’amour… » – et elle me laissa la photographier dans l’orphelinat. Je la suivis de berceau à berceau, les sœurs autour d’elle parlant de chaque enfant. Mère Teresa ne se contentait pas de porter les bébés, elle riait et les faisait rire aussi. Il était clair qu’elle les aimait tous vraiment. Soudain l’un des bébés tomba sur le sol. Les sœurs s’élancèrent vers lui mais Mère Teresa fut la première et c’est elle qui appliqua un tissu mouillé sur son visage et le calma. Et elle nous dit : « Le bébé voulait être porté dans les bras. »
Puis Mère Teresa partit, descendant les escaliers avec son sari blanc flottant autour d’elle comme des ailes.

François Le Diascorn

(English version)

Portrait of the week #2 – Dalaï-Lama

Sa Sainteté le Dalaï-Lama,

C’est en 1971, lors de mon deuxième séjour en Inde, que j’ai rencontré le Dalaï-Lama dans sa résidence de McLeod Gang où il vivait en exil depuis son départ du Tibet. Je fus si impressionné par sa personnalité remarquable et par la force douce de ses paroles que je m’arrêtai de faire des images, juste pour l’écouter alors que ma future femme et journaliste Nancy (que je venais de rencontrer un mois auparavant à Calcutta) continuait, elle, à prendre des notes pour un article destiné à la presse américaine. Dix ans plus tard, lors d’un voyage anniversaire de notre rencontre en Inde, nous avons eu la chance d’être reçus à nouveau en tête à tête avec le Dalaï-Lama (grâce à l’article de Nancy qui avait été repris par le « Tibetan Journal »). Cette photo est l’une des rares que j’ai prise lors de notre première rencontre en 1971. Depuis, j’ai souvent été en sa présence, en France, aux Etats-Unis ou en Inde et j’ai fait d’autres photos mais jamais je n’ai été à nouveau reçu en personne par lui, car il est devenu une personnalité mondiale, et naturellement beaucoup moins disponible qu’il ne l’avait été pour deux jeunes voyageurs occidentaux il y a déjà très longtemps.

(English version)