Portrait of the week #9 – Mère Teresa

Il me fut relativement facile de rencontrer la mère Teresa. Il suffisait de dire “Mother Teresa” à n’importe quel taxi de Calcutta. Nous l’avons trouvée à l’entrée de son institution pour les pauvres, entourée de miséreux. Elle était toute petite, une bosse dans le dos lui donnait un air cassé et il était difficile de croire que des milliers de personnes mettaient leur espoir dans cette nonne minuscule à l’air fatigué et au visage translucide creusé de rides profondes. Mais elle était totalement vivante.
A peine levai-je mon appareil qu’elle m’arrêta d’un « pas de photos, pas de photos, s’il vous plaît. » En ce qui concernait les photos de l’orphelinat et du mouroir, elle me dit qu’elle n’aimait pas que les gens se servent des pauvres pour faire de l’argent. Mais elle finit par se faire convaincre et gribouilla une permission de photographies en déclarant : « si c’est pour augmenter la compréhension et l’amour… » – et elle me laissa la photographier dans l’orphelinat. Je la suivis de berceau à berceau, les sœurs autour d’elle parlant de chaque enfant. Mère Teresa ne se contentait pas de porter les bébés, elle riait et les faisait rire aussi. Il était clair qu’elle les aimait tous vraiment. Soudain l’un des bébés tomba sur le sol. Les sœurs s’élancèrent vers lui mais Mère Teresa fut la première et c’est elle qui appliqua un tissu mouillé sur son visage et le calma. Et elle nous dit : « Le bébé voulait être porté dans les bras. »
Puis Mère Teresa partit, descendant les escaliers avec son sari blanc flottant autour d’elle comme des ailes.

François Le Diascorn

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Portrait of the week #7 – Juliette Binoche

Cette photo a été faite lors du tournage du film maudit Les Amants du Pont-Neuf. Juliette y tenait le rôle d’une clocharde et le metteur en scène Leos Carax avait exigé de l’actrice, qui était aussi sa compagne, de s’enlaidir, de se jaunir les dents, et même, je crois, de les limer. C’est pourquoi elle ne pouvait sourire sur les photos. Malgré tout, elle restait lumineuse et ce fut un grand plaisir de la photographier.

François Le Diascorn

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Juliette Binoche - Les amants du Pont-Neuf - Leos Carax © François Le Diascorn
Juliette Binoche – Les amants du Pont-Neuf – Leos Carax

Portrait of the week #6 – Léo Ferré

J’ai fait ces photos du génial créateur de Jolie Môme et d’Avec le Temps en 1986, lors d’un concert à l’Elysée Montmartre. Il était alors dans sa dernière période qui n’a pas été la meilleure (interminables ressassements poétiques tournant comme un lave-linge à vide) mais par contre son apparence (et c’est ce qui compte pour un photographe) s’était bonifiée… avec le temps. Il avait cette tête de prophète charismatique, de vieux lion à crinière blanche, les yeux clignotants de myopie (il ne portait plus de lunettes) et cet interstice entre les deux incisives qui adoucissait sa tête de vieillard chauve et chevelu à la fois avec un éclat de jeunesse.
Car avec le temps, va, tout ne s’en va pas ….

François Le Diascorn

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Portrait of the week #5 – Edouard Boubat

J’ai rencontré Boubat après avoir intégré l’Agence Rapho au milieu des années quatre-vingt, mais nous ne devînmes proches qu’après qu’il eut rencontré ma femme qui est, entre autres qualités, américaine. Boubat était un grand séducteur et à l’époque il avait jeté son dévolu sur une jeune américaine récemment arrivée à Paris et il désirait parler avec elle dans sa langue maternelle. Il s’est donc mis à venir dans notre petit appartement de Montmartre prendre le thé et des leçons d’anglais ou bien nous nous rendions dans son grand appartement derrière les Invalides (où j’ai pris un certain nombre de photos de lui, notamment celle avec son chat). C’est pendant cette période que nous avons échangé des photos : c’est ainsi que j’ai obtenu sa fameuse photo Leila et celle du Jardin du Luxembourg sous la neige.
Il était charmant et en admiration totale de ses propres photos mais d’une manière tellement naïve qu’elle était désarmante. En fait, il était amoureux de la beauté du monde – dont, bien sûr, faisaient partie ses photographies.
Boubat était un charmant papillon. Un jour la jeune américaine disparut de sa vie – et lui, plus ou moins, de la nôtre aussi.

François Le Diascorn

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EXPOSITION : ÉDOUARD BOUBAT Méditerranée Du 4 juin 2015 au 31 juillet 2015 – Galerie In Camera – 21 rue Las Cases – 75007 Paris

Portrait of the week #3 – Bruce Nauman

J’ai rencontré Bruce Nauman en 1976. Il était le compagnon d’une amie et vivait dans un garage à voitures emménagé en studio auquel on accédait par un monte-charge. Il avait la dégaine d’un cowboy urbain : Stetson à large bord, Santiags et ceinturon en argent. Il avait l’air de s’intéresser plus à la confection de couteaux artisanaux qu’à réaliser ses installations. A l’époque je ne savais pas qu’il était internationalement reconnu en tant qu’artiste conceptuel. Je m’en suis aperçu des années plus tard en visitant des musées d’art contemporain en Europe et en Amérique. Je dois avouer que son œuvre m’a toujours mystifié, nous sommes artistiquement sur deux planètes différentes. Mais j’ai apprécié nos rencontres. De plus, Bruce avait a l’époque un visage émacié très intéressant à photographier.

François Le Diascorn

* Du 14 mars au 21 juin 2015, la Fondation Cartier pour l’art contemporain présente la première exposition majeure de l’artiste américain Bruce Nauman à Paris depuis plus de 15 ans.

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Portrait of the week #2 – Dalaï-Lama

Sa Sainteté le Dalaï-Lama,

C’est en 1971, lors de mon deuxième séjour en Inde, que j’ai rencontré le Dalaï-Lama dans sa résidence de McLeod Gang où il vivait en exil depuis son départ du Tibet. Je fus si impressionné par sa personnalité remarquable et par la force douce de ses paroles que je m’arrêtai de faire des images, juste pour l’écouter alors que ma future femme et journaliste Nancy (que je venais de rencontrer un mois auparavant à Calcutta) continuait, elle, à prendre des notes pour un article destiné à la presse américaine. Dix ans plus tard, lors d’un voyage anniversaire de notre rencontre en Inde, nous avons eu la chance d’être reçus à nouveau en tête à tête avec le Dalaï-Lama (grâce à l’article de Nancy qui avait été repris par le « Tibetan Journal »). Cette photo est l’une des rares que j’ai prise lors de notre première rencontre en 1971. Depuis, j’ai souvent été en sa présence, en France, aux Etats-Unis ou en Inde et j’ai fait d’autres photos mais jamais je n’ai été à nouveau reçu en personne par lui, car il est devenu une personnalité mondiale, et naturellement beaucoup moins disponible qu’il ne l’avait été pour deux jeunes voyageurs occidentaux il y a déjà très longtemps.

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Portrait of the week #1 – Willy Ronis

J’ai rencontré Willy Ronis pour la première fois en 1984 pendant le festival de photo d’Arles Ce fut le début d’une longue amitié. Willy était un ami merveilleux, surtout avec les photographes plus jeunes. Avec ma femme, nous sommes souvent allés lui rendre visite à son appartement près de la place de la Nation – et il nous a rendu visite chez nous dans la Drôme. La première photo a été prise chez lui à Paris, sur le petit balcon derrière sa cuisine après un déjeuner très agréable. Les conversations avec Willy étaient toujours profondes et stimulantes. Et elles me manquent.

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